mercredi, 26 novembre 2008

Après la démocratie

805043-965645.jpgJ’ai eu le grand plaisir de rencontrer Emmanuel Todd, en visite à Strasbourg mardi soir dernier, à l’invitation du Cercle Relatio pour un Café Europe à l’Aubette Bar et de la Librairie Kleber pour une Conversation à la Salle Blanche.

En 2002, je l’avais découvert alors que paraissait Après l’Empire – Essai sur la décomposition du système américain dans lequel il prévoyait l’étiolement de l’hyper puissance des Etats-Unis d’Amérique que beaucoup voyaient sans limite. Il avait déjà, en 1976, annoncé « la décomposition de la sphère soviétique » dans son ouvrage La Chute Finale.

Démographe et sociologue, Emmanuel Todd s’appuie sur les données statistiques décrivant les phénomènes de longue durée pour expliquer les dynamiques de nos sociétés. Ce mélange de scientifique et de prophétique est délicieusement relevé par le ton direct et non conformiste de l’auteur.

Le nouvel ouvrage qu’il présente se veut, de son aveu même, « le plus modéré sur le plan interprétatif mais le plus violent en terme de jugement sur les personnes ».

Après la démocratie s’ouvre sur un diagnostic. Celui qui décrit le symptôme de l’arrivée au pouvoir de « l’agité » (comprendre « notre président ») après le délitement des idéologies politiques de gauche comme de droite. Les partis sont devenus de vides sphères de groupies. Les idées politiques sont atomisées. Elles n’existent qu’en référence à des fondements périmés sur lesquels seule l’inaction peut se construire.

Pour Emmanuel Todd, le « moment Sarkozy » ne bousculera rien. C’est un état d’apesanteur. Un vide où la folie apparait comme géniale aux yeux des médias et qui laisse au président la liberté d’agir et de décider en suivant des schémas contradictoires, opposés, inconstants. La seule clef de lecture qui semble pouvoir exister, réside dans la reconnaissance de l’effort par l’argent ou la force. Ce culte de l’argent à outrance, dans une dimension pathologique, se heurte pourtant au système de valeurs égalitaires qui sommeille dans la société française. C’est de cette ambition endormie que pourra naître la contestation et la solidarité nécessaires au sursaut post-démocratique …

51pjC0u2mOL__SS500_.jpgA partir de l’étude des tendances lourdes – pessimisme culturel ambiant, stagnation éducative,  ébranlement du catholicisme, libre-échangisme narcissique et avilissant – Emmanuel Todd met en lumière trois pistes de sortie. A l’ethnicisation improbable de notre société, à la suppression du système démocratique au profit d’une gouvernance autoritaire (simple gouvernement sans tradition démocratique mais empreint de l’intention de bien faire), il préfère proposer une forme de protectionnisme européen.

Cette option qu’il promeut n’est pas synonyme de fermeture des frontières ou arrêt des échanges. Il s’agit plutôt d’un protectionnisme permettant une relance de l’activité économique par l’inversion du cercle dépréciatif dans lequel nos sociétés s’enfoncent. Le recentrage des économies, la reprise de la promotion sociale doivent permettre une augmentation des salaires qui a son tour relancera la demande en importations.

Notre incapacité à penser le collectif rend le projet protectionniste européen inconcevable. Mais en retrouvant un individualisme non pas narcissique et outrancier mais humaniste, pragmatique et réaliste nous devrions parvenir à sortir du vide qui fait r-é/ai-sonner l’homme politique comme Jean-Paul II face au sida : la promotion d’attitudes soi-disant plus morales pour mieux rejeter la vraie solution du protectionnisme …

Pour en savoir plus, consultez les entretiens de Mediapart avec Emmanuel Todd.

Commentaires

...Et concrètement, ça signifie quoi ? Ben que dalle...

Ecrit par : collignon | mercredi, 26 novembre 2008

Bayrou a fait plus que quiconque pour l'effondrement du niveau culturel lorsqu'il était ministre de l'Education nationale. Sa réforme de l'université, nous en subissons encore les effets dévastateurs.

Ecrit par : Stéphane | jeudi, 19 février 2009

Oui, probablement il est donc

Ecrit par : Nina_Tool | dimanche, 20 septembre 2009

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